La Mongolie marche dans la mauvaise direction

Statue de Lénine Oulan-Bator
Statue de Lénine Oulan-Bator

La Mongolie marche dans la mauvaise direction
Par Jeffrey Reeves (traduction Mongol Urgoo à partir de l’article original)

Deux nouveautés dans le développement de la Mongolie donne une idée de l’orientation que prend le développement de la Mongolie au niveau du pays ainsi qu’au niveau économique.

Tout d’abord, un jury a prononcé une sentence contre l’ancien president Nambaryn Enkhbayar de quatre années de prison pour corruption. Les charges allant de très sérieuse (des millions de dolars volés à la Mongolia’s Erdenet Mining Corporation) à l’absurde (Usage illégal de quelques centaines de dollars pour de l’achat d’équipement de bureau en 2000). Il semble réellement que l’ex-président passe quelques temps en prison [NDT : depuis la rédaction de l’article, la cour est revenue sur sa décision et a allégée la peine]

Ensuite, la mairie d’Oulan-Bator a défaite la statue de Second, Vladimir Ilyich Lenin qui tronait en face du prestigieux hôtel Ulaanbaatar Hotel à quelques mètres de la place principale de Sukhbaatar. La ville a annoncé une mise aux enchères de la statue, avec une mise à prix de 400$
Ces deux faits apportent la preuve que la Mongolie souhaite adopter un modèle capitaliste. Les analystes ont determine que la lutte contre la corruption au plus haut niveau était un facteur obligatoire pour le bon développement du pays. De la meme façon le démentellement de la statue de Lenin est une preuve de bonne conduite économique.

Ce symbole en suggérait long sur la politique, l’économie et le développement social en Mongolie. Plutôt que de montrer une nouvelle voie de transparence, ceci montre un système dirigé par le traffic d’influence où le contrat social entre l’état et la société est fortement teinté de capitalisme.

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Enkhbayar a répondu à toutes les charges contre lui mais a quand-même été condamné malgré le manqué evident de preuve. Plusieurs de ses accusateurs ne se sont meme pas présenté devant la cour et ont préféré à la place se render au J.O. de Londres. De plus les conditions de détention de Enkhbayar était telle que Amnesty Internantional a demandé un meilleur traitement pour celui qui fût president du pays.

La condamnation d’Enkhbayar montre également ce que le pouvoir est capable de faire aux opposants à des fins politiques. Authorité Mongole Indépendante Contre la Corruption (IAAC), qui a diligenté l’enquête contre Enkhbayar, s’est montré sous un jour particulier en mélant incompetence et même corruption ce que de nombreux mongols ont vue comme une attaque politique.  Même si beaucoup de mongols considèrent Enkhbayar coupable de corruption, il ne le juge pas pire que les autres politiques.

La troisième conclusion que l’on peut tirer est que le gouvernement mongol n’a pas comme priorité la lutte contre la corruption, ce qui est un vrai problème pour l’état. Plutôt que de limiter les mécanismes permettant aux parlementaires d’user de leur position politique pour  obtenir des gains matériels, le cas d’Enkhbayar montre que ce pouvoir preserve ces privilèges. Les seuls concernés par la lutte contre la corruption sont ceux hors du système politique.

Qu’est-ce que tout ceci a à voir avec la statue de Lenin en face du Ulaanbaatar Hotel ? Durant les 70 ans que la Mongolie a été un état communiste, le parti du MPRP (Mongolian People’s Revolutionary Party, parti révolutionaire du peuple mongol) a régi la Mongolie sous un pseudo système de démocratie. Sous ce système le MPRP a mis en place la collectivisation des élevages et l’industrialisation des zones urbaines. La mise en place de ce système a eu un coût énorme et a généré une croissance importante dans les années 80.

Le MPRP a profité de cet essor pour développer l’éducation, le système de santé et le système de sécurité sociale. Les résultats étaient probants : une société avec très peu d’illétrisme où la majorité des citoyens avaient accès aux services de base. Beaucoup de mongols ont ainsi pu jouir de ce système.

Depuis la transition pour un système liberal, les indicateurs sociaux sont tombés dans le rouge. Même si le taux d’alphabétisation reste élevé, les jeunes mongols savent de moins en moins bien lire depuis les années 90. Le fossé entre l’éducation en zone rurale et zone urbaine est maintenant devenu considérable.
Le système  de santé en Mongolie n’est pas mieux. De nombreuses infections affectent la population et les médecins demandent la plupart du temps d’être payer avant de commencer des soins rudimentaires. Les mongols se rendent donc en Mongolie Intérieure (chinoise) pour les soins de santé créant ainsi un cercle vicieux dans lequel les fonds de développement sont investis ailleurs que dans le secteur de la santé.
Les problèmes environnementaux de la Mongolie ont grandi de façon exponentielle depuis la fin de la guerre froide. Oulan-Bator est devenue une des villes les plus polluées du monde et le nombre de victime de problèmes respiratoire pendant les hivers ne fait qu’augmenter. Les mines, légales ou illégales, causent de nombreux dommages à l’environnement et par voie de conséquence à la santé des mongols. Les crimes, quasiment inexistant sous l’ère communiste, augmentent dangereusement dans la capital et dans les campagnes. Des milliers d’enfants sans domicile vive dans les égouts d’Oulan-Bator.

Tenant compte de ces réalités, la decision de la ville de demonter la statue de Lenin est inquiétante. En dépit de la politique du gouvernement de fournir des services publiques équivalent à ceux existant sous le communisme, il apparait que l’état laisse faire le capitalisme tout en espérant qu’une main invisible résoudra les problèmes de développement social. Les témoignages receuillis dans les rues de la ville témoignaient d’une forte émotion et montraient la symbolique forte de ce geste politique.
Deux facteurs sont important concernant l’indicateur de  développement de la Mongolie. Alors que les analystes occidentaux applaudissent la Mongolie pour son avancée sur le chemin de la démoncratie, en vérité, il reste un état dépourvu de responsabilité politique et de prééminence du droit. Alors que tout est fait pour favoriser la croissance, cette croissance est déséquilibrée, vulnérable et irréversible. Il est important de prendre conscience de ces symboles pour ce qu’ils sont : un gouvernement inefficace qui tente de préserver les apparences et qui refuse d’accepter la responsabilité d’un pays dont les besoins sociaux augmentent.
Dr Jeffrey Reeves est Professeur associé au College of Security Studies at the Asia-Pacific Center for Security Studies à Honolulu.

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